QAnon, le mouvement conspirationniste pro-Trump en 4 questions (2024)

«Je ne sais pas grand-chose sur eux. J'ai compris qu'ils m'aiment beaucoup, ce que j'apprécie.» Donald Trump n'a pas l'intention de condamner ses soutiens, même celui-là. Interrogé récemment sur QAnon, un mouvement conspirationniste d'extrême droite, le milliardaire républicain a botté en touche.

QAnon est pourtant de plus en plus audible et visible aux Etats-Unis et ses adeptes font partie des plus ardents défenseurs du président américain. Quelle est leur théorie? Comment arrivent-ils à la diffuser? CQFD fait le point.

1. Un mouvement complotiste pro-Trump

L'origine de QAnon remonte à l'automne 2017, quelques mois après l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Le mouvement est parti d'un post sur le sulfureux forum anonyme «4chan», publié par un certain «Q Clearance Patriot». Cet individu - ou plus vraisemblablement ce petit groupe d'individus - affirmait avoir accès à des informations classifiées prouvant l'existence d'un complot à l'encontre de Donald Trump.

A la tête de cette conspiration se trouverait, selon cette théorie, une organisation criminelle impliquant Barack Obama, Hillary Clinton, le milliardaire George Soros, la famille Rothschild, mais aussi des stars d'Holywood, et de hauts responsables américains. Cette organisation tremperait également dans le trafic sexuel d'enfants, dirigerait secrètement les Etats-Unis depuis plusieurs décennies, et Donald Trump serait le seul à pouvoir y mettre un terme et rendre le pouvoir à la population.

Avec le temps, QAnon - contraction de «Q», pseudonyme de son initiateur et d'«Anon» pour «anonymous» - s'est doté d'un logo - représentant la lettre Q, le plus souvent rouge, parfois stylisée aux couleurs du drapeau américain - d'un slogan - «là où l'un va, nous allons tous» - et d'un hashtag associé sur les réseaux sociaux - #WWG1WGA. Né sur 4chan, le mouvement s'est déplacé sur la toile pour continuer d'exister et de se diffuser, passant successivement sur les forums 8chan puis 8kun. Le « New York Times » a ainsi relevé 5.000 messages postés sur ces plateformes. Sur Facebook, les groupes les plus populaires associés à QAnon ont regroupé jusqu'à 200.000 membres.

Donald Trump a été interrogé sur l'existence de QAnon par un journaliste au cours d'un point presse: «Il y a cette idée selon laquelle vous sauvez secrètement le monde d'un culte de pédophiles et de cannibales, vous y croyez?». «Je n'ai pas entendu ça», a-t-il d'abord répondu avant d'ajouter: «Si je peux aider à sauver le monde des problèmes, je veux bien le faire. […] En vérité, nous sommes en train de sauver le monde d'une philosophie de gauche radicale qui va détruire ce pays». De quoi donner du grain à moudre au mouvement conspirationniste.

2. De plus en plus visible

Marginal à ses débuts, QAnon est devenu de plus en plus visible aux Etats-Unis. Ses adeptes ont profité d'événements divers, comme le mouvement Black Lives Matter ou la crise du Covid-19, pour diffuser leur théorie via la propagation de fake news. Plus récemment, une enquête du « New York Times » a révélé que plusieurs d'entre eux avaient infiltré le mouvement #SaveTheChildren, y diffusant notamment une fausse carte des lieux supposés abriter un trafic d'enfants.

Depuis le début de la campagne de Donald Trump pour sa réélection, le logo et le hashtag de QAnon sont omniprésents dans les meetings et manifestations en faveur du milliardaire républicain.

QAnon, le mouvement conspirationniste pro-Trump en 4 questions (1)

Les théories de QAnon sont portées par des personnalités publiques. C'est notamment le cas de Michael William Lebron - surnommé «Lionel» - un présentateur radio très actif sur les réseaux sociaux, revendiquant près de 150.000 abonnés Twitter et près de 250.000 abonnés à sa chaîne Youtube, qui posait fièrement avec Donald Trump au sein du Bureau ovale en août2018.

En juillet, à l'occasion de la fête nationale américaine, l'ex-conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn, a posté sur Twitter une vidéo d'une prestation de serment, qu'il achève par le slogan de QAnon, «là où l'un va, nous allons tous».

#TakeTheOath 🇺🇸
Happy 4th of July 🇺🇸
God Bless America 🇺🇸
@SidneyPowell1
@molmccann
@BarbaraRedgate
@JosephJFlynn1
@GoJackFlynn
@flynn_neill
@lofly727
@TJHproject
🇺🇸🇺🇸🇺🇸🇺🇸🇺🇸🇺🇸 pic.twitter.com/Z2LCsgHLkw

— General Flynn (@GenFlynn) July 5, 2020

Le mouvement est même présent désormais dans le jeu politique et a eu plusieurs candidats au Congrès revendiquant ses théories pour les élections du 3novembre. L'une d'elle, Marjorie Taylor Greene, une femme d'affaires pro-armes, a été élue représentante dans le 14e district de Georgie.

Dans une vidéo, datant de 2017, elle déclarait à propos de Donald Trump qu'il représentait «l'occasion d'une vie de battre cette cabale d'adorateurs de Satan pédophiles». «Je pense que nous avons le président pour le faire», avait-elle ajouté. Dans la foulée de sa désignation en tant que candidate républicaine au Congrès, Donald Trump lui avait adressé ses «félicitations à la future star des Républicains».

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3. Dans le viseur du FBI

Les adeptes de la théorie QAnon se sont déjà signalés par plusieurs incidents. En juin2018, un homme se disant en mission pour le mouvement a bloqué le trafic sur le barrage Hoover à l'aide d'un véhicule blindé et armé d'un fusil d'assaut. Il a affirmé vouloir forcer le département de la Justice à publier un rapport sur le rôle du FBI dans l'enquête sur les emails d'Hillary Clinton.

En mars2019, un membre important de la mafia new-yorkaise a été abattu devant son domicile par un tireur se disant convaincu que sa victime prenait part au complot visant Donald Trump. En avril2020, une femme a été arrêtée dans son véhicule en possession de 18 couteaux, après avoir proféré des menaces à l'encontre de Joe Biden sur Internet.

Ces multiples événements ont poussé, dès l'été 2019, le FBI à s'intéresser à QAnon. Dans un document révélé par Yahoo News, l'agence fédérale le citait parmi une liste de mouvements extrémistes conspirationnistes présentant un risque terroriste pour la sécurité nationale. «Le FBI considère que les théories du complot vont émerger, se répandre et évoluer avec le flux d'informations moderne, poussant occasionnellement certains groupes ou individus extrémistes à commettre des crimes ou des actes violents», était-il écrit.

4. Traqué par Facebook et Twitter

Régulièrement accusés de laisser trop de place aux contenus conspirationnistes et aux fake news sur leurs plateformes, Facebook et Twitter se sont récemment attaqués aux contenus publiés par les adeptes de QAnon. Le 22juillet, Twitter a ainsi annoncé avoir fermé 7.000 comptes liés au mouvement. «Nous avons été clairs: nous prendrons des mesures fortes sur les comportements susceptibles de causer des dommages», a expliqué le réseau social.

Facebook lui a emboîté le pas ce mercredi, en supprimant 800 groupes, 100 pages et 1.500 publicités liés directement à QAnon. Il a également pris des mesures pour réduire la portée de plus de 10.000 comptes sur Instagram et de près de 2.000 groupes et 440 pages sur Facebook, comme limiter les recommandations, les rétrograder sur les fils d'actualité, les rendre plus difficiles à trouver, les empêcher de faire de la pub ou vendre des produits.

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